Mali : Amadou Sidibé, architecte d’une révolution agricole

Face au changement climatique qui menace la sécurité alimentaire au Mali, Amadou Sidibé, architecte reconnu dans son pays, a décidé de mettre son expertise au service de l’agriculture. Son entreprise a introduit la culture sous serre, entièrement contrôlée par ordinateur, transformant des terres arides en oasis de production. Une initiative qui met en lumière les innovations dans le monde agricole africain.

Au Mali, l’agriculture constitue 36,4 % du Produit Intérieur Brut (PIB), selon les données de la Banque Mondial. Cependant, le pays fait face à des défis majeurs tels que le changement climatique et la désertification croissante des terres arides. Les agriculteurs maliens sont confrontés à des rendements limités par les conditions météorologiques extrêmes et la rareté d’eau.

Ces défis traditionnels ont motivé quelques esprits visionnaires comme Amadou Sidibé à repenser l’agriculture au Mali et à introduire des pratiques novatrices pour optimiser la production alimentaire dans un contexte climatique difficile.

Avec un investissement initial d’environ 300 millions de francs CFA, Amadou Sidibé, architecte de formation, a eu l’idée de créer en 2011, après un voyage en Israël (où la température est proche de celle du Mali et l’agro-technologie en pointe), la première serre automatisée du pays.

La culture sous serre (ou serriculture) consiste à cultiver des plantes (de fruit, de légume, de fleur, de plante ornementale et même de plante médicinale) à l’intérieur d’une serre.

En Israël, plus de la moitié du pays est désertique. Pour relever les défis de son climat aride, ce pays a investi dans des usines de désalinisation (processus permettant de rendre l’eau de mer potable et utilisable) et de micro-irrigation (technique d’irrigation qui apporte de petites quantités d’eau directement à la racine des plantes) afin d’augmenter sa production agricole.

Le pays est aujourd’hui autosuffisant à 95 % pour ses besoins alimentaires, grâce à des méthodes innovantes telles que le système de goutte-à-goutte (la micro-irrigation), inventée en Israël et utilisée mondialement.

C’est cette technique qu’Amadou a implanté dans son pays pour développer son agriculture tout en minimisant les effets liés au climat.

La serre est équipée de filets anti-insectes et de couvertures spéciales qui préservent les cultures des conditions météorologiques extérieures. À l’intérieur, une gestion automatisée par intelligence artificielle crée des conditions idéales, permettant aux plantes de croître dans un environnement similaire à leur habitat d’origine et maximisant ainsi leur potentiel de production.

Grâce à cette technique de pointe, des variétés de plante non endémiques d’Afrique de l’Ouest tels que la tomate, les concombres, les poivrons, les courgettes y prospèrent, permettant une production toute l’année, avec des rendements jusqu’à dix fois supérieurs à ceux des cultures en plein air, explique M. Sidibé lors d’un entretien avec « L’Afrique Vous Parle ».

Couvrant cinq hectares, les installations automatisées de M. Sidibé garantissent un environnement optimal pour la culture de fruits et légumes tout au long de l’année, malgré les variations climatiques, générant ainsi un revenu annuel d’environ 200 millions de francs CFA.

Amadou Sidibé souligne que cette initiative ne se limite pas seulement à nourrir la population locale, elle sert également de modèle pour d’autres pays de l’Afrique de l’ouest confrontés aux défis similaires tels que le Niger, le Burkina Faso, le Tchad, etc…

A travers son entreprise, l’architecte devenu entrepreneur agricole, collabore actuellement avec d’importants fabricants tels que le géant israélien de la technologie agricole « Netafim » et « Nova Green » en Espagne.

Des collaborations potentielles sont en cours de développement avec des entreprises indiennes « qui sont aujourd’hui leaders dans le domaine de la culture sous abri », a-t-il indiqué.

Bien que la maîtrise technique de cette innovation soit essentielle, cette méthode offre des opportunités lucratives pour les agriculteurs, stimulant ainsi l’essor de l’agriculture sous serre en Afrique.

Sa ferme est passée de 320 mètres carrés à sa création à cinq hectares aujourd’hui. Amadou Sidibé, avec sa vision, aspire à étendre sa ferme sur 15 hectares pour répondre aux besoins croissants de Bamako en produits maraîchers.  

Selon lui, « d’ici 2050, l’Afrique devrait accueillir une population d’au moins 2,5 milliards d’habitants », créant ainsi un besoin impératif de nourrir une population en croissance.

Et pour répondre à ce défi, « l’agriculture africaine doit inévitablement recourir à des technologies et des techniques innovantes pour contrer les effets du changement climatique tout en assurant la sécurité alimentaire de la population », affirme-t-il.

Mariama Agaly

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