L’Afrique s’investit de plus en plus dans un processus d’industrialisation. Au regard de sa richesse en ressources naturelles, le continent, de par son énorme potentiel, a les capacités pour faire face aux défis de l’industrialisation.
Certains pays ont déjà jeté les bases de ce processus d’industrialisation, selon l’indice de l’industrialisation en Afrique (IIA) de 2022. L’IIA est une initiative mise en œuvre conjointement par la Banque africaine de développement (BAD), l’Union africaine (UA) et l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI).
Il s’agit d’une plateforme de connaissances sur l’industrialisation africaine à partir de trois sous-indices : la performance, les déterminants directs et les déterminants indirects. Il donne une vue d’ensemble des progrès industriels réalisés sur le continent. Il a été lancé lors du Sommet extraordinaire de l’UA sur l’industrialisation et la diversification économique tenu à Niamey, au Niger (20-25 novembre 2022).
« La plupart des pays africains progressent, dans leur développement industriel (…) et certains ont déjà acquis des capacités de production sophistiquées », selon les initiateurs de l’indice. Les progrès les plus intéressants ont été notés au Bénin, en Éthiopie, en Érythrée, au Gabon, en Guinée, en Mauritanie, au Mozambique, au Sénégal et aux Seychelles, qui ont tous gagné au moins cinq places au cours de la période 2010–2019.
Au top du classement de l’IIA, on retrouve l’Afrique du sud, trois pays d’Afrique du nord (Maroc, Tunisie et Egypte), ainsi que Maurice, l’Eswatini, la Namibie, la Côte d’Ivoire, la Guinée équatoriale et le Sénégal.
L’Algérie, le Botswana, le Gabon, l’Ile Maurice, la Namibie et l’Afrique du Sud disposent déjà de secteurs manufacturiers développés. En Ethiopie, par exemple, la valeur ajoutée manufacturière a été multipliée par quatre entre 2010 et 2019 pour atteindre près de cinq milliards de dollars grâce à ses investissements sur les réseaux de parcs industriels, les zones économiques spéciales et le cuir.
Selon Bernard Nguekeng, enseignant en économie et management à l’université Yaoundé II, au Cameroun, il y a une « forte participation des pays de l’Afrique australe et de l’Afrique du nord en amont et en aval aux chaînes de valeur mondiales ». L’universitaire camerounais a mené une étude sur les chaines de valeurs mondiales et l’industrialisation en Afrique couvrant 51 pays du continent sur la période 1996-2018.
« La participation de l’Afrique aux chaînes de valeur mondiales est liée positivement à l’industrialisation »,soutient de son côté Nneka Esther Osadolor, professeure à l’université du Benin au Nigéria. Elle s’exprimait lors de la Conférence économique africaine qui s’est tenue du 16 au 18 novembre 2023 à Addis-Abeba, en Éthiopie.
L’Edition 2023 de la revue annuelle sur l’efficacité du développement souligne que beaucoup de pays africains ont réalisé des progrès très remarqués dans le secteur industriel.
« Le Cameroun et le Sénégal ont développé avec un succès notable l’emploi industriel, avec une augmentation de la production dans des secteurs tels que l’alimentation et les boissons, le textile et l’habillement, le bois et le papier, mais aussi les produits métalliques », selon la revue. Elle ajoute que « l’Éthiopie, le Kenya, le Malawi, le Sénégal et l’Afrique du Sud ont également créé des emplois dans les secteurs à forte intensité de connaissances, comme les matériels électriques, les machines et les équipements de transport ».
En Afrique du Nord, « l’Égypte, le Maroc et la Tunisie, dont les secteurs industriels sont bien développés, produisent des automobiles, des textiles et des vêtements, des produits chimiques et des matériaux de construction », précise la revue.
L’implication du secteur privé explique en partie ces succès. Le Ghana et l’Ethiopie, par exemple, ont commencé « à réaliser des investissements ciblés dans les infrastructures et les compétences, à faciliter l’accès des entreprises aux capitaux, à la technologie et aux marchés d’exportation et à établir des liens entre les fabricants, les investisseurs et les clients ». Il s’agit d’initiatives fortes qui peuvent d’ores et déjà stimuler le développement industriel en Afrique.
La découverte du pétrole et du gaz au Sénégal offre elle aussi de nouvelles perspectives d’industrialisation pour ce pays. Selon Mamar Sall, directeur général de Petrosen Trading & Services, qui s’exprimait lors de la 5ème édition du Gingembre littéraire tenue à Dakar le 01 décembre 2023, « le Sénégal va lancer un projet de fabrication d’urée à partir du gaz. Un projet de 1,5 milliard de dollars pour produire 1,2 million de tonnes d’urée avec le gisement gazier de Yakaar-Teranga ».
« On va pouvoir inverser la balance des paiements. Plutôt que d’importer de l’urée, on va exporter vers des pays comme les Usa, le Brésil et dans la sous-région », a-t-il ajouté. De quoi redonner de l’espoir aux millions d’Africains qui n’attendent que le décollage de leur continent.
Mariama Agaly, M2; Ibou Diocou, M2; Bertin Aly Thiaw, M2
