Porté dans beaucoup de pays africains comme le Sénégal, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le pagne tissé porte aujourd’hui des valeurs économiques, culturelles et sociales. Au-delà de la créativité et de l’innovation qu’il incarne, le pagne tissé est considéré comme un levier de développement économique et d’émancipation africaine.
Le Salon international pour la revalorisation du pagne tissé, organisé à Dakar à la place du souvenir africain du 24 au 26 novembre 2023, a offert des moments pour découvrir l’univers du pagne tissé, et de célébrer la richesse des textiles africains et toutes les innovations qui animent cette industrie dynamique sur le continent.
Selon Mme Madina Gisèle Traoré Dasylva, promotrice de l’événement, « l’objectif est de revaloriser le coton par le biais des artisans et des tisserands, mais aussi d’amener tous les Africains à avoir au moins 80 % de leurs tenues issues du coton africain ».
Pour Ngakane Gningue, directrice de la Place du souvenir africain, qui s’exprimait à l’occasion du Salon, « cet événement valorise l’art et le savoir-faire africain en matière de textile. C’est l’occasion de magnifier l’initiative, car cela révèle toute la richesse, la diversité de ce patrimoine en donnant une visibilité à nos talentueux artisans créateurs ».
Dans son étude sur « le pagne traditionnel ivoirien, un patrimoine vestimentaire à valoriser », publiée en 2023, Batjéni Kassoum Soro, Assistant à l’Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle (INSAAC) d’Abidjan, affirme que « le processus de fabrication du pagne traditionnel tissé est un processus manuel dans lequel interviennent plusieurs acteurs. Cela constitue assurément un facteur pourvoyeur d’emplois et générateur de revenus, conférant ainsi au pagne traditionnel une dimension économique avérée ».
Le développement de ce secteur permet à l’Afrique d’accéder à un important changement de la structure des économies notamment à un passage du modèle de production et d’exportation des matières premières à un modèle qui promeut le développement endogène qui s’appuie sur la transformation locale de ces dernières.
D’après les résultats des recherches de Batjéni Kassoum Soro, « l’activité de tissage a permis à bon nombre de jeunes de s’insérer dans le tissu économique après les différentes crises qu’a connues la Côte d’Ivoire depuis 2002 ».
La consommation du pagne tissé est devenue indispensable dans certains États en Afrique, qui veulent promouvoir les talents et les produits locaux.
Le gouvernement burkinabé, par exemple, avait adopté, en conseil des ministres du 9 août 2023, le port de la « toge faso dan fani » dans les grandes cérémonies. Selon le ministre burkinabé de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’innovation professeur Adjima Thiombiano « aujourd’hui aucun peuple ne peut se développer s’il dépend exclusivement de l’extérieur. Nous sommes heureux que le processus ait abouti et qu’il réponde aux attentes des uns et des autres ». Il s’exprimait lors d’une cérémonie solennelle dédiée au port de la toge unique en pagne tissé burkinabè, le mardi 28 novembre 2023.
Le pagne tissé est un levier de développement qui promeut les richesses des pays, surtout avec la culture du coton. En Afrique de l’Ouest, selon la 15eréunion du bilan annuel du Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA) tenue du 12 au 14 avril 2023 à Grand-Bassam en Côte d’Ivoire, « le Bénin occupe la première place avec une récolte de 587 656 tonnes de coton graines, le Burkina Faso se positionne à la deuxième place avec 422 960 tonnes suivi par le Mali avec 390 000 tonnes ».
Bertin Aly Thiaw, Prodiges Archanges Boumpoutou
